Médis dans la poche de Royan : No Man's Land
- Andrea Diano
- 23 avr. 2025
- 3 min de lecture
Médis, paisible commune de Charente-Maritime, fut entraînée en 1945 dans les derniers combats de la Seconde Guerre mondiale, alors que la poche de Royan résistait encore à la Libération.
À la fin de l’année 1944, alors que la majeure partie du territoire français est libérée, le secteur de Royan reste aux mains des troupes allemandes. Fortement retranchées, ces forces tiennent une poche côtière défensive s’étendant de Royan jusqu’aux villages environnants, dont Médis, transformé en avant-poste exposé. Isolée du reste du pays, la région devient un point stratégique que les Alliés veulent neutraliser pour sécuriser l’accès à l’Atlantique. Dès le mois de janvier 1945, la poche de Royan est encerclée par les Forces Françaises de l’Intérieur (FFI) et les troupes régulières, mais les combats s’enlisent. L’objectif : contenir l’ennemi sans provoquer de pertes civiles massives dans une zone où la population, restée sur place, vit dans des conditions précaires.
Le 14 avril 1945, dans le cadre de l’opération "Indépendance", les troupes françaises lancent une attaque décisive sur les avant-postes allemands. Médis est alors l’un des premiers villages libérés, avec Semussac, Meschers, Trignac, Musson et Brie, dans une progression rapide de l’infanterie appuyée par l’artillerie. Les forces françaises resserrent l’étau autour de Royan, préparant la chute du bastion central. Après plusieurs jours de combats intenses, ponctués par un bombardement massif de Royan (notamment le 15 avril), la ville est définitivement reprise le 18 avril 1945, mettant fin à l’occupation allemande dans la région. Médis, libérée dans les premières heures de l’offensive, est ainsi entrée dans l’Histoire comme un point d’entrée stratégique dans la conquête finale de la côte Atlantique. Cette situation exceptionnelle a donné naissance à des initiatives locales uniques, notamment philatéliques, pour marquer l’appartenance retrouvée à la France libre.

Médis, « No Man’s Land » : timbres de guerre ?
Durant cette période d’isolement, alors que Médis se trouvait encore dans la zone de tension de la poche de Royan, une première émission philatélique locale voit le jour. Sur certains timbres Iris, Pétain ou Marianne, une surcharge singulière est apposée :
« MÉDIS NO MAN'S LAND », en trois lignes.
Cette mention traduit parfaitement la situation ambivalente de la commune à ce moment précis : ni pleinement sous contrôle allemand, ni totalement sous administration libre. Ces timbres auraient été utilisés pour affranchir des courriers traversant les lignes ennemies, comme le montre un exemple remarquable : une lettre adressée par la mairie de Médis aux Forces Françaises de l’Intérieur (FFI) à Saintes, et remise à M. Besson, secrétaire général de la préfecture. Le timbre utilisé pour cet envoi est un 1.50 F rose Marianne de Gandon porteur de cette surcharge inédite.
Une boite aux lettres clandestine avait été mise en place dans les bois par le maire de Médis pour assurer le service postal malgré le repli à Rioux du receveur des postes de Médis.
Du fait de son émission durant la guerre, le maire demanda au ministre la reconnaissance de la série "no man's land" comme timbres de guerre ou d'occupation ainsi que la reconnaissance de la seconde émission ("libre") comme timbres de la Libération.

Libération et nouvelle émission : la Croix de Lorraine et la mention « LIBRE »
Après la libération complète de Médis, une deuxième émission de timbres surchargés voit le jour. Cette fois, la surcharge prend la forme d’un rectangle imprimé avec, en haut à gauche, une croix de Lorraine, symbole de la France libre, et le mot « LIBRE » venant remplacer l’ancien « NO MAN’S LAND ».
Ces timbres, bien que produits en nombre relativement important, sont aujourd’hui extrêmement rares. Il est probable que l’essentiel du stock ait été rapidement récupéré par un collectionneur unique, qui les conserva sans les diffuser largement. Leur rareté actuelle, alliée à la richesse du contexte historique, fait de ces timbres des pièces d’exception pour les passionnés de la Libération.
Source : Les timbres de la Libération de Jacque F. LION Edition Sinfonia, le site https://www.lacotedebeaute.info/ ainsi que le forum de l'ACTL https://actl.forumgratuit.org/t83-medis-charente-maritime










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